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Rapport d'activité 2016

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Les tendances de l’année 2016

En 2016, l’action de CFI auprès des médias a contribué à élargir l’espace d’information et de débats dans une vingtaine de pays. Dans un contexte en constante mutation et marqué par des crises politique durables, les modalités d’intervention de l’agence de coopération médias ont évolué et se sont adaptées. Le déploiement de responsables terrain en Birmanie et au Mali traduit par exemple la volonté de rajouter une expertise long terme aux interventions ponctuelles de professionnels envoyés partager leurs pratiques quotidiennes.

Les activités de CFI regroupent aujourd’hui deux types d’expertise :

  • L’expertise court terme de professionnels, français ou étrangers, sélectionnés au cas par cas et envoyés sur le terrain pour partager leurs pratiques avec les bénéficiaires d’un projet. En 2016, CFI a mis en œuvre 1665 journées/homme de cette nature.
  • L’expertise long terme, qui couvre une présence de plusieurs mois à plusieurs années. L’expert, français ou du pays, travaille aux côtés des bénéficiaires du projet afin d’optimiser les transferts d’expertise tout en les conduisant vers une autonomie plus opérationnelle. Ce nouveau mode d’intervention concerne 307 journées/homme en 2016 et devrait progresser sensiblement dès 2017.

Cette adaptation permanente se traduit dans la diversité des projets menés en 2016, pour répondre à des acteurs médias toujours plus divers et dont l’influence progresse indéniablement, surtout auprès des jeunes publics.

Les médias, acteurs du développement

La politique mondiale d’aide publique au développement (APD) évolue en fonction des remontées de terrain et sous la coordination des grands acteurs multilatéraux tels que les Nations Unies ou l’Union Européenne ainsi que sous l’influence d’États particulièrement impliqués dans ce secteur comme le Royaume-Uni, les États Unis, les pays nordiques ou la France. La réflexion porte sur les principes, les objectifs et les modalités d’intervention. Elle associe intimement les Etats donateurs et les bénéficiaires dans la recherche permanente de politiques plus adaptées et donc plus efficaces.

Selon les estimations compilées par le Center for International Media Assistance, seuls 0,4% de l’Aide Publique mondiale est consacrée annuellement au développement médias.

Même s’il est budgétairement marginal, ce secteur reflète les évolutions de l’APD. Les projets médias s’éloignent des modèles très souvent directifs, parfois « hors sol », imposés un temps par les bailleurs à l’image de l’accompagnement « sur catalogue » des médias de service public. Les projets médias se veulent désormais plus inclusifs, impliquant populations, administrations, entreprises et société civile.

Pour répondre aux préoccupations des populations dans leur globalité et leurs spécificités ethniques, linguistiques ou sociales, ces projets visent désormais à professionnaliser toutes les strates, y compris les plus locales, du paysage médiatique d’un pays. Enfin, ils prennent en compte l’irruption des médias sociaux dont la liberté technologique permet de contourner les régulations poussiéreuses et élargir, de fait, l’espace d’information et de débats.

Dès lors, l’accompagnement des médias ne se résume plus à soutenir des outils descendants cadenassés par quelques responsables politiques ou hommes d’affaires en quête d’influence dont il fallait consommer passivement la parole. La nouvelle offre médiatique reflète désormais les attentes des populations au delà des missions premières d’information et de divertissement.

Acteurs du développement à part entière, les médias constituent des « courroies de transmission » entre autorités, société civile et populations : ils scrutent, analysent et expliquent le bien-fondé des politiques publiques ; créent des espaces de dialogue indispensables à leur compréhension et leur réussite ; enfin, ils se posent en acteur de vigilance et de contrôle citoyen de l’action publique.

La professionnalisation des médias, un temps l’objectif unique des projets de développement médias, devient donc un moyen au service d’une ambition plus large de développement dans la logique des 17 nouveaux objectifs de développement durable qui incluent maintenant la liberté de la presse et l’accès à l’information.

La professionnalisation des médias locaux au service de l’accompagnement des réformes – l’approche de CFI

Quel que soit leur secteur d’intervention, les projets de développement s’engagent sur des résultats et non plus sur des moyens, comme cela fut longtemps le cas. Pour y parvenir et afin que les résultats de l’APD s’améliorent, les pays bénéficiaires doivent progresser en matière de transparence et d’État de droit, ce qui se traduit par :

  • Une volonté des autorités à concevoir et orienter leurs politiques en fonction des besoins des populations et en les associant. Cette volonté est essentielle pour faire émerger les priorités d’un pays et pour mobiliser les énergies autour de réformes qui pourront modifier la situation en profondeur.
  • L’implication de la société civile et de ses représentants (corps intermédiaires) qui ont besoin de comprendre, de s’exprimer et de participer au développement de leur pays. La réussite des programmes de développement tient autant à la bonne formulation de la palette d’objectifs qu’à l’appropriation des évolutions par les populations. L’initiative vient des gouvernants mais le résultat se mesure dans la vie quotidienne des populations.
  • Enfin, la mise en place de modalités de contrôle d’arbitrage et de recours pour consolider les acquis, poursuivre les réformes et les rendre plus inclusives. Le pilotage des réformes passe par la capacité d’ajustement ainsi que par la mesure des effets indésirables. Plus la réforme concerne les populations, plus il est nécessaire de mettre en place des sas pour proposer les corrections et sanctionner les éventuels abus et dérives.

CFI propose des actions auprès des médias afin d’utiliser leur capacité à accompagner positivement les réformes. Les actions reposent sur des pratiques éprouvées qu’il convient de décliner et d’adapter au contexte de chaque pays et face aux enjeux de chaque projet.

CFI conduit déjà ce travail aux côtés d’Expertise France ou de l’Agence Française de Développement (AFD) afin de coordonner les activités et de répondre aux objectifs de gouvernance qu’ils poursuivent. Les projets portent sur la réforme du système judiciaire, la modernisation des pratiques publiques ou encore la redevabilité. Plusieurs initiatives ont été lancées avec Expertise France telles qu’une action auprès des réfugiés syriens au Liban, en Turquie et en Jordanie ou une intervention pour rétablir l’État de droit dans trois provinces du Centrafrique. Dans ce cas, CFI apporte son expertise à des projets financés par des fonds fiduciaires européens.

Fin 2016, CFI s’est rapproché du réseau European Partnership for Democracy (EPD) qui offre une palette d’expertises européennes pour mettre en œuvre les projets de soutien aux processus électoraux. Plusieurs offres conjointes de service sont en cours d’élaboration.

De nouvelles modalités de coopération

Travailler dans des consortiums multi-secteurs est source de lourdeur et de complexité du fait de la nécessaire intégration d’activités menées en parallèle.

Cette combinaison de moyens publics à investir dans des pays prioritaires pour la diplomatie française et de moyens issus de projets de développement nationaux ou multilatéraux élargit les modalités d’intervention de CFI et renforce la pertinence globale de la vingtaine de projets menés simultanément.

Cette démarche conduit également à réfléchir avec les bailleurs et les pouvoirs publics aux réponses à apporter face aux risques de déstabilisation que représentent certains médias. De la liberté d’informer mentionnée dans les ODD aux « fake news » il n’y a qu’un pas que de nombreux acteurs franchissent allégrement.

Face à ces risques une réflexion est menée au sein du Global Forum for Media Development (GFMD), qui regroupe les principales agences internationales de développement médias. Elle associe également des acteurs des pays du Sud d’où pourraient très bien émerger des solutions applicables également dans des pays traditionnellement cités en exemple.

Ainsi, CFI est à la fois actif sur le terrain de la mise en œuvre des projets tout en contribuant aux réflexions qui anticipent les mutations et les évolutions du secteur.

Des outils numériques au service des projets de développement médias

Face à la multiplication des acteurs médias, CFI considère que la sélection des bénéficiaires constitue l’acte fondateur de tout projet. En 2016, 8 appels à candidatures ont été lancés pour inciter les porteurs de projets à se manifester en ligne. Ils ont été lus par 90 000 internautes. 1134 ont fait acte de candidature. 322 ont été sélectionnés.

Dans le cadre de ses projets, CFI cherche régulièrement à accompagner des structures médias innovantes d’Afrique de l’ouest, du Monde arabe et d’Asie du Sud-Est. Pour identifier et évaluer les candidats les plus pertinents, CFI développe depuis 2015 un dispositif numérique qui regroupe tous les appels à candidatures, simplifie les inscriptions, permet un traitement multilingues et fluidifie les procédures d’évaluation et de notation.

Pour rechercher les futurs candidats et les inciter à postuler dans leur langue de travail (en fonction des projets, les dossiers peuvent être renseignés en français, en anglais et/ou en arabe), des campagnes de communication virales sont lancées sur l’internet et les réseaux sociaux, lors de chaque appel à candidatures. Les milliers de consultations prouvent que cette méthode permet de toucher une grande diversité de profils et de projets potentiels. Le réseau social Facebook se montre par exemple particulièrement efficace puisque l’écrasante majorité des bénéficiaires l’utilisent dans le cadre de leurs activités.

Sur la base de critères précis connus des participants, CFI coordonne un groupe d’experts qui opèrent à distance une première sélection, échangent lors de réunions virtuelles par téléconférences et finalisent, le cas échéant, leur travail lors de pitchs qui permettent de départager les candidats les plus proches.

Ces outils permettent d’identifier des bénéficiaires très pertinents dont l’activité est parfois récente mais dont la motivation et l’agilité justifient pleinement de les associer à des projets de développement médias. Cet effort pour aller à leur rencontre constitue, pour certains d’entre eux, une étape structurante dans la transformation de leur projet en activité crédible et durable.

Ce site internet est ouvert aux autres opérateurs publics souhaitant publier et traiter des appels à candidatures.